27.12.2010

Les aumôneries parisiennes préparent le Frat - La Croix, Mai 2009

« Un temps pour s’interroger sur sa foi »

Au collège privé Sainte-Geneviève d’Asnières (Hauts-de-Seine), le Frat rencontre un franc succès

«C’est motivant d’aller au Frat. Un rassemblement aussi important, ça nous parle, surtout que l’Église a quelques soucis en ce moment. » Le ton net et assuré d’Arthur tranche quelque peu avec le timbre de sa voix, encore enfantin. Ils sont une vingtaine autour de lui, élèves de 4e et 3e, rassemblés dans l’aumônerie du collège Sainte-Geneviève d’Asnières (Hauts-de-Seine). La phrase de l’adolescent fait mouche. Des soucis ? Quels soucis ? « Les propos du pape sur le préservatif », répondent les ados en coeur. « Les médias déforment tout », lance l’un. « Ils n’ont gardé qu’un bout de sa phrase », tranche un autre. « De toute façon, il ne sera pas au Frat », conclut un dernier avec philosophie. Dans la salle, le rassemblement de Jambville fait déjà l’unanimité. « 120 jeunes de l’établissement se préparent à partir », précise Anne Frotté, adjointe en pastorale scolaire. « Bien sûr, tous ne sont pas croyants de la même façon. Ceux qui se sentent très concernés par l’événement sont en général membres d’un mouvement de scoutisme. Et puis il y a ceux qui privilégient l’aspect festif et convivial de l’événement. Ceux-là, je leur ai déjà dit de faire attention aux réjouissances », glisse-t-elle dans un sourire. À peine évoqué le thème du rassemblement cette année, les jeunes se font exégètes. « “Je te choisis”, ça se réfère à l’appel de Dieu, risque Arthur. C’est quand on le choisit et qu’il nous choisit simultanément. » La question de la vocation est la plus délicate. Timidement, quelques-uns avouent avoir déjà songé à devenir prêtre… avant de se raviser. « Il est encore un peu tôt pour se poser des questions qui nous engagent autant, juge Loup, en 4e. Pour l’instant, on se contente d’approfondir nos discussions avec le P. Étienne Kern. » À 31 ans, ce prêtre en charge des
jeunes de l’aumônerie occupe une place à part dans l’établissement. « Il sait nous parler dans un langage que nous comprenons, lance Aymeric, élève de 3e. Si tous les prêtres étaient comme lui, on serait plus nombreux à aller à la messe le dimanche. » Malgré cette relation privilégiée, le P. Kern avait déjà d’autres engagements de longue date pour Pentecôte. « Je les suivrai d’un peu loin, confie-t-il, mais je suis certain
qu’ils apprécieront l’événement, et pas seulement pour son côté festif : contrairement à une idée reçue, les ados ne sont pas effrayés par l’engagement. Les contraintes de la voie sacerdotale les rendent curieux. Je ne sais pas si ce Frat déclenchera des vocations, mais les conditions seront réunies pour approfondir les questions qu’ils se posent sur leur foi. »
ANTOINE DHULSTER


« Partager un moment de convivialité »

À l’aumônerie publique des collèges-lycées Claudel-Fauré-Galois, dans l’Est parisien, on prépare pour le Frat une chorégraphie de « dancehall »


L’église Saint-Hippolyte se dresse au coeur des tours du 13e arrondissement parisien, le « Chinatown » de la capitale. Dans la salle paroissiale, une poignée de collégiens s’affairent entre des affiches annonçant le Frat 2009. Ils viennent de trois établissements publics du quartier. « Nous regroupons 80 adolescents, précise David Amedegnato, responsable laïc de l’aumônerie. Neuf iront à Jambville. C’est peu, concède-t-il, mais ils sont enthousiastes. Pour la plupart, c’est la première fois qu’ils vont faire du camping… »
La réputation de convivialité du Frat semble être la première motivation des adolescents. Kevin, 14 ans, est en classe de quatrième. « Tout le monde me dit que c’est un bon lieu de rencontres. » Et le mot d’ordre du rassemblement, « Je te choisis » ? « Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris la phrase », rougit-il. « Nous préparons le Frat depuis le début de l’année, nuance son responsable. Je leur ai montré des DVD pour leur donner envie d’y participer. » À l’aumônerie de Saint-Hippolyte, cette année, les débats autour de l’amitié ou du pardon ont rencontré un franc succès. Mais, dans leurs établissements, au milieu de leurs camarades, osent-ils se présenter comme croyants ? « Il y a un décalage entre foi et culture urbaine, explique Kevin. La plupart de mes amis ne savent pas ce qu’est l’aumônerie. » La question de la vocation
ne vient à l’esprit de personne. « De toute façon ils sont bien trop jeunes, tranche David Amedegnato. Mais
beaucoup de choses peuvent changer avec le Frat. »
En trois ans au service de l’aumônerie, le responsable a déjà assisté à de véritables métamorphoses chez
ses jeunes. Danïeva est élève en seconde. Au retour de Jambville, il y a deux ans, elle a pris la décision de devenir animatrice de l’aumônerie, pour les sixièmes. « L’expérience m’a complètement transformée, se
souvient-elle, j’ai laissé derrière moi ma timidité, pour aller au contact des autres. » Et la dimension spirituelle du rassemblement ? « On est toujours en quête de quelque chose de pur, à approfondir ».
Les jeunes de Saint-Hippolyte sont bien décidés à marquer les esprits avec la chorégraphie qu’ils travaillent depuis plusieurs semaines. Du « dancehall », précisent-ils, un reggae typique des Caraïbes. « Ce sera leur grand moment, lance leur responsable, d’autant que la majorité des jeunes de l’aumônerie est originaire des Antilles ou d’Afrique noire. Ils sont très fiers d’apporter leur originalité au rassemblement. »
A. D.

(articles parus dans l'édition du jeudi 29 mai 2009)

Les commentaires sont fermés.